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Les kata du nippon kempo : rôle et transmission pour une certitude du corps entre savoir et savoir-faire

Auteur de l'article : Cyrille Cuny
Kata nippon kempo  kyokai

Un kata peut être considéré comme une forme servant de moule. Le terme s'applique aux formes de conduites codifiées que l'on retrouve à de nombreux niveaux de la culture japonaise. Dans le nippon kempo, un kata est un enchaînement codifié de techniques déterminées, considéré comme un tout fini. Plus précisément, dans le cadre de l'école kyokai, où l'entraînement confronte deux ou plusieurs personnes, le mot kata désigne la séquence totale formée par l'échange codifié de techniques déterminées entre les adversaires.

L'apprentissage de l'étude des kata recquière un sentiment d'évidence lié à son propre corps et culturellement ancré au Japon que l'on doit avoir à l'esprit en tant que pratiquant occidental. Cette relation d'évidence au corps, s'il est primordial dans l'apprentissage des kata, s'étend à l'essemble de la pédagogie et de la pratique lorsque celle-ci s'appuie sur la notion de transmission.

L’obstacle principal rencontré pour échanger certaines expériences relevant de la relation au corps, est le fait que l’essentiel se trouve hors de porté du langage et par le fait en marge de la sphère du communicable. Si certaines expériences corporelles peuvent s’accompagner d’un discours, elles sont encore à portée d’une relative signification. Mais la portée des mots devient étroite et limitée lorsqu’elle est dépassée par l’événement corporel demandant précision et ressenti. Cette approche peut alors nous apparaître totalement insignifiante. On retrouve ce sentiment dans les philosophies occidentales qui mettent au premier plan la formulation et les explications par les mots, déterminant la parole comme une notion « auto-suffisante » étant affranchie de toute justification par quelque pratique corporelle que ce soit. La tradition japonaise ne s’inscrit quasiment pas dans cette prétention intellectuelle. Son contraire est même constamment ressassé au point d’en devenir une véritable pédagogie.

Kata nippon kempo  kyokai

"Le kata ou une alternative à la transmission verbale d'une expérience vécue"

Ce postulat accorde aux kata le rôle prépondérant du corps là où la tradition occidentale attriburait à l’ « esprit » des facultés telles que la mémoire ou la volonté. Comme tous les arts martiaux, le nippon kempo n'échappe pas au fait que son enseignement ne peut être que nimimalement soutenu par des explications verbales. Voire que celles-ci peuvent entraver la bonne compréhension de l'essence de l'art. D’où de nombreux problèmes de transmission des techniques et des savoirs, et d’interprétation, même avec l'existance de supports textuels.

Kata nippon kempo  kyokai

Il est essentiel de ne pas laisser place à une interprétation trop hâtive. Le travail du kata doit avant tout être abordé comme un champ exploiratoire ouvrant sur ses propres découvertes. Il ne s'agit non pas de copier le mouvement achevé du sensei, mais de retrouver en soi les éléments de sa re-création. Au travers d'incessantes répétitions, c'est un effort de reconstruction conduisant à découvrir le geste et l'attitude appropriés. Il s'agit là d'une pédagogie suggestive plaçant peu à peu le pratiquant comme le fondateur de son propre mouvement. Dès cet instant, il ne s'agit plus d'une simple imitation extérieure mais d'une reproduction normalisée et harmonisée construite sur ses expériences propres. Une subtile synthèse où le pratiquant se reconnaît lui-même en intégralité dans chacun des instants et où s'expriment dans l'exécution de ses mouvements sa propre expérience réorientée et canalisée d'une façon nouvelle mais en parfaite harmonie avec ce qu'il a toujours été.

 

 

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