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Le nippon kempo est-il un budo ?

Auteur de l'article : Cyrille Cuny
Nippon kempo sport ou budo

Depuis leurs venues en France, les arts martiaux japonais ont toujours levé une question fondamentale chez les pratiquants. Pratiquons-nous un budo, un art martial, un art de combat ou tout simplement un sport de combat ?

Le nippon kempo n'échappant pas à cette question, nous nous sommes interrogés comment apporter une réponse simple mais suffisamment complète pour lever toute ambiguïté.

Dans la culture japonaise, le terme de do (la Voie), et par extension celui de budo, sous-entend une amélioration constante de soi-même par l'intermédiaire de la pratique martiale, et ce, durant toute l'existance du pratiquant. De ce point de vue, il s'agit moins de qualifier une discipline qu'une pratique de celle-ci.

Cette notion d'amélioration, où l'idée d'autoformation est centrale, ne fait pourtant pas entrevoir les mêmes limites chez les pratiquants européens et japonais. En effet, ces derniers trouvent dans leurs conceptions bouddhistes des pré-requis au réhaussement de l'Homme partant du postulat que tout être peut atteindre potentiellement l'éveil et donc un état divin qui le conduit à être ni plus ni moins qu'un dieu se confondant avec une forme d'absolu.

Nippon kempo sport ou budo

Cette croyance culturelle sublimant l'élévation de la valeur humaine n'est absolument pas identifiée de la même façon chez les occidentaux. En effet, si pour un japonais accéder à l'état de divinité reste "potentiellement" possible, il n'en est pas de même pour un pratiquant européen auquel la possibilité d'être l'égal de Dieu n'est absolument pas envisageable. Du moins, dans un état de santé mentale normale. Alors comment expliquer que la barrière infranchissable entre l'homme et Dieu pour les occidentaux et le possible état de perfection divine chez les orientaux ?

Les conceptions bouddhique et également shintoïstes envisagent l'univers comme n'ayant pas d'absolu où rien n'existe sans être relatif. L'univers ne se résume pas en un Dieu absolu et omnipotent. En ce sens, est-il possible de concilier une foie chrétienne et une pratique budo sensible à l'universalité énergétique ?

Nous l'avons précisé plus haut, la conception de budo sous-entend l'élévation par l'intermédiaire de l'autoformation en approfondissant des techniques de combat ou l'esprit conditionne la qualité de celles-ci.

Toute la difficulté de cette vision réside dans l'effacement de soi-même en conservant sa propre identité afin de vivre le plus intensément possible chaque instant. Ainsi, le fait même de vivre pleinement ici et maintenant constitue en soi une notion d'éveil (satori) et donc une sublimation du budo.

Le nippon kempo, et par delà d'autres disciplines, est (trop) souvent présenté, même par à priori spécialistes, comme un catalogue de techniques d'origines diverses, souvent sans structure précise. C'est à mon avis passer à côté de sa spécificité "budo" qui consiste plutôt dans la capitalisation d'une formation humaine que dans la description de particularités techniques.

En résumé, le budo ne désigne pas des disciplines spécifiques mais leurs façons de les aborder et de les pratiquer. Vous ne pouvez prétendre pratiquer le nippon kempo comme un budo aussi sérieusement que votre pratique ne tend pas vers l'autoformation complète de votre propre personne. Ainsi votre engagement dans l'art du nippon kempo et la recherche sincère de l'efficacité au sens absolu du terme.

Je renvoie d'ailleurs nos lecteurs à nos principes philosophiques ci-dessous :

Jiriki Seido - Yoki Otoku
Développement personnel - Gaieté et moralité

Cyrille Cuny

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